Catholicisme

"L'âge aidant, me voilà un catho du genre anachronique. Un prêtre de campagne ensoutané de noir m’a baptisé dans la foi, un archevêque m’a confirmé dans cette foi. J’ai servi la messe, fait ma première communion, puis la solennelle, en passant par le confessionnal pour solder l’ardoise des péchés, mortels et véniels. Lourde, l’ardoise, mais une piété sincère, encore qu’hétérodoxe, équilibrait mes inconduites"

Pour ma part, je ne boude pas ma joie d’appartenir à l’Eglise catholique, apostolique et romaine. C’est un privilège que je ne méritais pas, qui me comble et qui m’oblige. Je lui dois ma façon de prier, de poétiser, de rêver, d’espérer, de douter. Mes harmoniques intimes. La teneur de mes insoumissions. La texture de mes ébahissements. L’amour éperdu pour la Création et le trop peu d’amour pour mon prochain. Mon patriotisme qui, grâce à l’Eglise et par l’intercession de nos saints de terroirs ne risque pas de tourner au nationalisme. Le socle de ma culture en somme y compris mon aversion pour la théocratie. »

Tout l’occident –croyant, agnostique, athée – a hérité en ligne directe d’une culture catholique, au sens large, qui détermine ses goûts et ses couleurs, ses réflexes moraux, ses options politiques, son approche de la liberté et de la féminité, sa métaphysique, son esthétique. D’ aucuns s’en croient émancipés. Ils s’abusent. Ceux notamment qui prétendent instaurer le Paradis en ce bas monde. Mais aussi ceux qui érigent le doute en absolu pour se claquemurer dans un scepticisme. Lequel rime avec cynisme, et alors le nihilisme n’est pas loin.

J’ai servi la messe, fait ma première communion, puis la solennelle, en passant par le confessionnal pour solder l’ardoise des péchés, mortels et véniels. Lourde, l’ardoise, mais une piété sincère, encore qu’hétérodoxe, équilibrait mes inconduites

Confesser sans fausse pudeur mon enracinement dans le catholicisme ne me conduit pas à dédaigner le judaïsme, l’islam, les christianismes séparés de l’Eglise, les sagesses issues de l’hindouisme ou du bouddhisme. Dieu le Père ne fait pas d’exclusive, la promesse de salvation de Son fils vaut pour la multitude éparpillée sur le globe, et l’Esprit Saint habite les âmes qui me méritent, de quelque chapelle qu’elles se réclament. Voire d’aucune. J’ai du respect pour la piété pourvu qu’elle soit sincère et ne jette pas l’anathème

Toutes les équivoques qui chahutent le cœur d’un mortel, et dans mon cas menaçaient de tourner à l’aigre, ont trouvé au sein du catholicisme un mode de cohabitation ; il en est résulté une manière d’équilibre de funambule qui m’a immunisé contre le désespoir, à tous les âges de ma vie. Même à l’adolescence, quand la foi bat de l’aile en rasant les murs. Sans le catholicisme, j’en serais là : un fétu humain tâtonnant en aveugle dans le maquis de mes désirs y compris le moins fallacieux, le désir d’éterniser ce que j’ose appeler immodestement mon âme. 

DISCOURS de SAINT LOUIS

Discours prononcé le dimanche 3 décembre 2017 lors de la fête paroissiale de l'église St Louis des Chartrons

de Bordeaux en présence de Mgr Ricard

"Il faut une grâce singulière pour que s’harmonisent dans l’âme d’un chef suprême son amour de Dieu et son devoir d’État. Le fils de Louis VIII et de Blanche de Castille était tendre de cœur, ami des pauvres et soucieux du salut de son prochain. Sa piété fervente et son indifférence aux vanités mondaines le disposaient à une vocation de moine contemplatif. Le destin l’a décrété Dauphin après la mort de son ainé, puis roi de France après celle de son père en 1226. Le destin, pour un chrétien de cette trempe, est un dessein du Créateur. Il ne peut que s’y soumettre. Régner sur le royaume de France sera son portement de Croix.

            Voici un siècle –le treizième -où une foi tourmentée brode la dentelle du gothique et colorie les  vitraux aux fins de glorifier la Vierge dont le culte, ramené des Croisades, connait un essor vertigineux. Enclose jusqu’alors dans la rigueur impavide du roman, puis austère du cistercien, l’idée du Beau semble s’envoler dans des nuées bleues. Louis IX a fait édifier la Sainte-Chapelle pour y recueillir des reliques de la Passion achetées au Sultan de Constantinople. Cette  petite sœur de Notre-Dame  auréole Paris d’une tendresse indicible tandis que partout dans le royaume s’activent  les chantiers des cathédrales, des églises et des abbayes sans oublier les hôtels-Dieu car grande est la compassion du Roi pour les malades, les indigents, les stropiats et autre damnés de la terre.

            Voici un siècle où le Credo des catholiques épouse la raison d’Aristote en des noces concélébrées alentour de la Sorbonne par les docteurs des ordres mendiants, franciscains et dominicains. L’université de Paris voit affluer les plus beaux esprits de l’époque. Thomas d’Aquin y est venu recevoir l’enseignement de Maitre Albert. On suppose que Louis IX l’a rencontré. On se plait à les imaginer devisant dans un cloître. Les disputes des escholiers ont éveillé sa pensée à l’examen critique sans que le dogme en ait pâti. Au contraire.

            Voici un siècle où s’achève l’âge de fer de la féodalité, non sans résistance des Grands, ennemis naturels de l’autorité de l’État, de l’unité du royaume, de la concorde civile et des libertés. Donc ennemis de la paix et peu regardants sur le code de la chevalerie.

            Voici un siècle où le Pape en ses possessions, les évêques en leurs diocèses, les Pères abbés bénédictins et cisterciens en leurs monastères défigurent l’Eglise du Christ en oubliant trop souvent  ses préceptes. « Mon royaume n’est pas de ce monde ».

            Or le royaume de Louis IX est de ce monde ici-bas  lorsque ce bel adolescent blond, à la fois sage, réfléchi, policé et plein d’ardeur, en devient l’héritier légitime. Sa mère Blanche de Castille, une étrangère, a œuvré avec obstination pour imposer sa Régence et préserver l’héritage des Capétiens. On lui a prêté des indulgences pour le nonce apostolique et le trouvère Thibault de Champagne. Peu importe cette Régence n’a pas démérité ; la monarchie française en connaitra de plus houleuses. Louis est un fils aimant et docile. Blanche l’a éduqué dans le double respect scrupuleux d’un catholicisme forcément empreint de formalisme, et de ce qu’il devra à sa future couronne. Il sait déjà, d’instinct, du plus noble des instincts, qu’une pratique rituelle sans la sève de la charité est un désert sans oasis. Il sait de même instinct que la charité, dans l’exercice du sacerdoce auquel il se prépare, sera inopérante si la justice vraie est bafouée, si l’anarchie entretient la violence, si l’on fait fi de ce distinguo fondamental : aux clercs le pouvoir spirituel sur les âmes ; au roi de France le pouvoir temporel et sans appel sur ses sujets. Sa vénération pour l’Eglise du christ, sa sollicitude pour ses dignitaires ne l’empêcheront jamais d’imposer sa volonté contre des empiètements dont les mobiles en vérité relèvent de l’orgueil, voire de la prédation.

            Depuis la prime enfance Dieu l’appelait à la sainteté. Il s’adonnait chaque jour à de longues oraisons après les offices. Il méditait les Ecritures, il pratiquait l’aumône pour soulager les pauvres, il soignait de ses mains  les malades. C’était la charité selon François-d ’Assise, elle venait du cœur, elle inondait son âme. Elle l’incitait à jeûner, à porter le cilice et autres mortifications. C’était un christianisme d’expiation, obnubilé par la terreur de la damnation éternelle- pas tant la sienne d’ailleurs que celle de ses sujets. Nonobstant un caractère aussi impétueux que celui de ses ancêtres robertiens, il est humble, bienveillant, généreux. La grandeur de Louis IX, c’est de s’être tenu à la même altitude spirituelle au long de son règne, dans les moments de bonne fortune ni plus ni moins qu’aux prises avec la maladie ou en endurant la captivité. Il fut près de mourir- une fois d’un mal jugé inguérissable, quatre fois au moins  durant sa première croisade, et jamais il ne s’est lamenté sur son sort, jamais il n’a tremblé de peur. Saint homme dans le cours de la vie ordinaire, preux chevalier quand l’honneur exigeait qu’il s’élance l’épée à la main au-devant de ses troupes, et en prime politique des plus avisés. En quoi il se distingue de la postérité immédiate d’Hugues Capet, le roi Robert surtout, qui était lui aussi un Saint de vitrail, mais dépourvu des capacités exigibles pour tenir les rênes d’un royaume aussi chahuté. Souvent le sens des réalités  accule les hommes d’Etat à différer les décisions salutaires si elles désobligent trop d’importants. Ils tergiversent, ils se laissent entrainer sur la pente du compromis et rien de bon ne prend forme. Louis IX, jamais. Même s’il doit s’opposer à un Pape en conflit ouvert avec le Saint-Empire du sinistre Frederic. Même s’il doit lui en coûter de l’argent de sa propre bourse- car de celui de ses sujets, il est avare, considérant toujours que la fiscalité pèse trop lourd sur les moins fortunés. Même si sa cour, même si son épouse Marguerite intercèdent pour que soit épargnée la mystérieuse dame de Pontoise, de haut lignage mais criminelle. Il écoute les arguments, à charge et à décharge, et puis il tranche dans le sens d’une justice qui ne doit plus être une justice de classe. La dame de Pontoise sera livré aux flammes, comme son amant plébéien, parce qu’elle fut sa complice pour occire son mari étouffé parait-il avec sa propre écharpe.

Rapportée aux mœurs en usage dans une société où les gens de peu comptent pour moins que rien, la justice selon Louis IX préfigure celle qui prévaut dans un  État de droit. De loin certes, mais enfin elle pose en principe  la présomption d’innocence, proscrit l’usage barbare de l’ordalie et du duel censé révéler le coupable, institue la « supplicatio », limite la pratique non moins barbare de l’aveu extorqué sous la torture. La justice selon Louis IX, connue jusqu’aux extrémités du royaume, et au-delà, fait émerger d’un droit coutumier dur aux manants la notion de bien commun, et naître une belle imagerie sur la foi d’un passage du récit de Joinville, son fidèle sénéchal de Champagne, son confident, son biographe : « il arriva bien des fois qu’en été il allait s’asseoir au bois de Vincennes, après sa messe, et s’adossait à un chêne et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient une affaire venaient lui parler, sans être gênés par des huissiers ou par d’autres gens ». L’Histoire de France abonde en péripéties dramatiques autour du donjon et des douves de Vincennes, mais notre imaginaire a privilégié ce tableau de genre : le roi rendant la justice à l’ombre d’un chêne.

            La cruauté  répugne à Louis IX, autant que l’impiété, autant que la vénalité : ce roi n’est pas un chrétien de façade, il veut vraiment et chaque jour mettre ses pas dans ceux du « doux rêveur nazaréen » , formule heureuse de Renan. Aussi  déteste-t-il la guerre et les pulsions bestiales qui naturellement lui font escorte. La guerre, c’est le piège tendu par Satan, il n’en démordra jamais.  Il la fait cependant, quand sont épuisées les ressources de la diplomatie. Car le péril vient des quatre points cardinaux, tant le Royaume de France est convoité. Il vient de Bretagne, de Normandie, de Champagne et des Flandres, des Plantagenet et des Hohenstaufen qui n’ont pas ses scrupules. Il vient de l’Italie où les Papes ne sont pas les derniers à lever des troupes pour agrandir leur domaine, au risque d’embraser toute l’Europe. Il vient d’outre la mer méditerranée ou le culte de Mahomet a supplanté la foi chrétienne et additionne les prises de guerre, mais aussi de l’est où les hordes des Mongols sèment la désolation. Il vient de ce pays de langue d’oc dévasté hélas par les soudards sans pitié de Montfort sous couvert d’éradiquer l’hérésie albigeoise,- ce pays ensoleillé où les troubadours chantent le  «  fin amor », et les gentes dames s’y laissent prendre quand leurs maris sont à la croisade avec le Roi, dans l’Orient de tous les mirages. Les délicatesses de l’amour courtois tournent alors aux voluptés de l’adultère, au dam de ce Roi qui avec la véhémence d’un Bernard de Clairvaux, le vrai souverain du siècle précédent dénonce l’impudicité et la luxure. Ce qui prête à sourire si l’on se souvient que  jeune marié, il trompait la vigilance de sa mère pour retrouver Marguerite dans un lit. Craignait-elle que les tourtereaux abusent des plaisirs de la chair ? Ils en usaient, Dieu n’avait rien à y redire. Blanche redoutait plutôt, à juste titre, que la Reine gagne en influence sur le roi à son détriment. Blanche, Marguerite : pour qui affectionne sa mère et son épouse, il faut être expert en l’art des accommodements. Louis IX, fin diplomate, a su désarmer les rancœurs de l’une et de l’autre.

La Croisade est un fantasme récurrent depuis la première prédication de Tristan L’Ermite à Clermont. Quel cadet de famille impécunieux ne rêve de se découper un fief en terre mahométane ? Pour Louis IX, celle qu’il entreprend en  1245 vise à l’expiation des avanies dans son royaume devant le tombeau du Christ, mais tout autant à la conversion des infidèles. Du prosélytisme il se fait un devoir. Pour ses trois frères et ses compagnons d’aventure, la finalité est rien moins que spirituelle, ils veulent tous un micro-royaume latin d’Orient et ne lésineront pas plus sur les moyens que Godfroy de Bouillon, jadis, lorsqu’il mit Jérusalem à feu et à sang. Charles d’Anjou s’avèrera le pire de tous ; on se demande par quelle malice de la génétique  cette brute épaisse a pu être engendrée par la mère et le père de Louis IX. L’équipée durera six années, avec une captivité humiliante. Elle s’avérera un désastre qui le navre. On a tué, pillé, violé sans merci et le Roi ne se le pardonnera pas. Blanche qui était par le fait redevenue Régente durant son absence a rendu son âme à Dieu. Les Grands se haussent du col, les pastoureaux se sont révoltés. Il était grand temps que Louis IX revienne. Si  son charisme n’est pas entamé, il a ruiné sa santé, vidé sa bourse et son royaume bas de l’aile. La liesse populaire qui salue son retour fait contraste avec sa tristesse. Tant de morts par sa faute! Tant de chrétiens abandonnés là-bas ! Trêve de remords : il faut gouverner, légiférer avec le soutien –fidèle- de son conseil, et celui- plus douteux- de ses barons. Il faut pérenniser ce royaume encore émietté qui commence à ressembler à notre France, comme les traits d’un enfant en bas-âge préfigurent ceux de l’adulte qu’il deviendra, si Dieu le veut. Pour y parvenir il faut éviter que se reconstitue la coalition vaincue à Bouvines par son grand-père Philippe-Auguste. La même coalition, notons-le, qui jusqu’à Napoléon menacera l’intégrité de ce vieux pays. La France aura des amis aussi longtemps que sa voix sera audible dans le concert des nations. Elle n’a jamais eu, elle n’aura jamais d’alliés définitifs. Ceux de St Louis tournaient leur casaque comme des girouettes. Il ne pouvait compter que sur lui pour unifier à l’Ouest la damasserie des apanages hérités des temps féodaux. De bon gré ou de force Louis IX va imposer sa souveraineté sur la  Normandie, l’Anjou, le Poitou, le Maine, la Touraine, la conforter en Champagne, l’affirmer en Languedoc. Il a fallu juguler les appétits des comtes et vicomtes qui toujours réclament plus de terres, plus de bénéfices, plus de privilèges. Il faut donner à l’État force et cohésion, préserver les libertés communales en s’appuyant sur la bourgeoisie, alliée naturelle et fidèle de la monarchie capétienne. En toute priorité il faut que le peuple  se sente protégé. Dont acte. Réformateur prudent mais opiniâtre, il installe les prévôts et les baillis, et conçoit l’ébauche d’institutions parlementaires. Il inaugure en somme l’œuvre unificatrice de Louis XI, de Richelieu et des premiers moments de la Constituante.

            Pour autant le roi ne peut renoncer à ce songe pieux, encore qu’irréaliste : convertir à la foi chrétienne des musulmans dont il a apprécié la culture lors du lamentable périple en Terre sainte. Rien de pire que l’hérésie, et à son aune l’islam et le judaïsme sont des hérésies, au même titre que le manichéisme cathare. Radicalisme d’époque. Gardons-nous d’un anachronisme qui inclinerait à le méjuger. A chaque siècle ses préjugés. Au siècle treizième les controverses théologiques embrasaient les esprits et les sectaires y insufflaient de la haine. On excommuniait au gré d’un caprice ou d’une inimitié et les bûchers de l’Inquisition s’allumaient à la moindre imputation de sorcellerie. Nous réprouvons ces mœurs avec d’autant plus de force qu’un radicalisme prenant la religion en otage ensanglante aujourd’hui le monde entier- et la France n’est pas épargnée. Déplorons toute intolérance, mais sachons toutefois que sans  le contrôle de l’Inquisition par les Dominicains, les passions haineuses se seraient déchainées, le royaume aurait baigné dans le sang.

Louis IX croit devoir combattre le judaïsme dans son royaume, tout en protégeant ses sujets juifs victimes d’exactions. Crédulité d’époque, fâcheuse car les raisons de la violence sont toujours de mauvaises raisons. C’est en toute sincérité qu’il veut sauver des flammes de l’enfer  les âmes des infidèles, parce qu’il les considère comme des frères égarés. Il sait pourtant d’expérience que la persuasion vaut mieux que le glaive.

Un remords  pèse sur sa conscience, il croit devoir se croiser à nouveau pour effacer le cauchemar de Damiette. Joinville ni Marguerite ni le Pape Clément IV ne  sauront le convaincre d’y renoncer. Il y a dans son obstination quelque chose de mystérieux, on n’ose dire de suicidaire.  Peut-être a-t-il le pressentiment qu’il n’en reviendra pas. Peu lui chaut. Ce sage part au mépris de toute raison, et il meurt à Tunis le 25 août 1270. Son agonie fut exemplaire, ses instructions ultimes à son fils Philippe sont d’un moraliste de haut étage et d’un visionnaire politique. « Jérusalem, Jérusalem » seront ses mots de la fin.  En voyant approcher la mort il demande que l’on dépose son corps sur un lit de cendres. On extrait le cœur du cadavre, on  brûle  les chairs, et on rapatrie les ossements  dans la crypte de Saint-Denis. Ainsi s’achève l’histoire véridique de ce roi d’enluminure qui ne voulait pas être roi, qui a régné 43 années durant -ce roi de France gai compagnon, vaillant chevalier, amoureux comblé de son épouse, père attentionné de 11 enfants, dont quatre commis en terre d’Orient. En ces temps-là on ne manquait pas d’énergie.

            Roi de légende dès son vivant. Louis IX devient Saint-Louis en l’an 1292, au terme d’un procès en canonisation orchestré par la vox populi. La légende va traverser les siècles et les régimes pour irriguer notre patriotisme. Elle l’ennoblit et elle l’oblige. Elle rejoint la chevauchée de Jeanne-d’Arc dans une région de notre imaginaire où légalité ne se conçoit pas sans légitimité de facture spirituelle. Peu suspect de sympathie pour le catholicisme romain, Jules Michelet, le chantre romantique des héros de l’An II à Valmy, rend un hommage ému à la sainteté de ce roi dans son Histoire de France.  Citation : «  Que l’âge chrétien du monde ait eu cette dernière expression en un roi de France, ce fut une grande chose pour la monarchie et la dynastie »..Plus loin : «  La royauté avait acquis, aux yeux des peuples, l’autorité religieuse et l’idée de la sainteté. Le vrai roi, juste et pieux, équitable juge du peuple, s’était rencontré ». Non moins suspects de sympathie pour l’Ancien régime, les « hussards noirs » à blouse grise de Jules Ferry ont propagé dans les salles de classe des écoles républicaines  la scène édifiante du bon roi Louis  rendant la vraie justice sous un chêne. Le rayonnement de Saint Louis n’est pas d’un parti ou d’une école de pensée, il relève d’un patrimoine commun. Le nôtre.  Plus qu’un modèle politique, il est pour les princes d’aujourd’hui qui tachent de nous gouverner un phare, une boussole et une vigie. Qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées, qu’ils se réclament  de la droite, de la gauche, du centre ou d’ailleurs,  ils n’ont pas le droit d’être médiocres. S’ils sont vils, s’ils n’ont pas de cœur au ventre, s’ils réduisent leur sacerdoce aux acquêts d’une gestion, le peuple de France les méprisera. La France a besoin autant que jamais d’unité, de probité et de justice. Autant que jamais son peuple a besoin d’être guidé et protégé par l’Etat au lieu d’être livré sans défense à la rapacité des puissants, à la démagogie de leurs fondés de pouvoir. Il a besoin de nourritures terrestres -l’économie, pour résumer- mais tout autant de voir briller des étoiles dans le ciel de ses aspirations idéales- et c’est le devoir de l’homme d’État de savoir les allumer. Sinon  il n’est sous les ors de son palais que le notaire des mœurs du moment.  « La France, écrivait le général De Gaulle dans le prologue de ses « Mémoires de guerre », ne peut être la France sans la grandeur». Qu’elle compte parmi ses chefs suprêmes un saint du calendrier légitime notre fierté en nous restituant nos racines les moins éphémères. Dieu veuille nous épargner une quelconque dérive théocratique -et en l’occurrence on aperçoit des prémices de laïcité dans le refus de Saint-Louis de cautionner les ambitions mondaines des clercs de son temps. «  Mon royaume n’est pas de ce monde ». Les clercs d’aujourd’hui le savent pertinemment et grâce à Dieu, s’abstiennent de contester les prérogatives d’un pouvoir démocratiquement issu des urnes. Mais les pasteurs de l’Eglise catholique ont le droit et le devoir de nous rappeler que  la France,  sauf à perdre son âme, ne peut pas renier la source vive et limpide qui a irrigué son génie. Dieu veuille qu’elle ne l’oublie jamais. Puisse la haute mémoire de Saint-Louis éclairer et magnifier son avenir dans l’histoire des hommes.

Vive Saint-Louis

Vive la France"