, l’âge aidant, me voilà un catho du genre anachronique. Un prêtre de campagne ensoutané de noir m’a baptisé dans la foi, un archevêque m’a confirmé dans cette foi. J’ai servi la messe, fait ma première communion, puis la solennelle, en passant par le confessionnal pour solder l’ardoise des péchés, mortels et véniels. Lourde, l’ardoise, mais une piété sincère, encore qu’hétérodoxe, équilibrait mes inconduites

L'écrivain

"Je ne suis qu'un écrivain, et rien d'autre

 Tout me passionne, surtout les coulisses et surtout les irréguliers."

 

D'où ces scènes de genre et cette galerie de portraits, crayonnés avec autant d'ironie que de tendresse. Car si Denis Tillinac n'aime pas son époque, il a de la sympathie pour les personnages qui tâtonnent aux marches de la gloire. Ou aux frontières du désespoir. Entre les lignes d'une prose de styliste, miroir parfois cruel des mœurs contemporaines, on perçoit les désarrois de l'écrivain . Même s'il s'est bien amusé.

Le styliste

Tillinac c’est aussi un style singulier, une manière de colorer le récit de nuances subtiles et décalées. Loin du procédé, il s’agit plutôt d’une respiration qui épouse les ondulations de la conscience dans un phrasé  à la fois poétique et distancié. La langue, riche et évocatrice est un clavier sur lequel il improvise :

« Par prudence, Pierre Merlaud répugnait à convoquer les fantômes de sa jeunesse. Elle risquait de lui demander des comptes ; il n’avait plus les moyens de les régler. Passé la quarantaine, la moindre évocation de nos années d’apprentissage dégénère en bilan. On se souvient d’avoir désiré un destin ; on n’a guère consommé qu’une existence. » (Incipit de « A la santé des Conquérants »)

 

"Sartre n'avait pas tort de poser qu'on écrit pour changer le monde, et Leiris qu'on doit y risquer une mise. Changer le monde: modifier, fût-ce chez un seul être, sa façon d’accommoder le réel à l'aune de sa conscience. Pas en lui assénant une doctrine: on sait les dégâts de l'engagisme en littérature, les errements d'une plume soumise au pas cadencé du militant , fût-elle aussi trempée que celles de Barrès ou de Vailland, de Brasillach ou d'Aragon. Ecrire librement pour fixer une émotion, une intuition, un embrasement, une récusation -et offrir cela à d'autres, en toute immodestie"

La Corrèze et le Zambèze