, l’âge aidant, me voilà un catho du genre anachronique. Un prêtre de campagne ensoutané de noir m’a baptisé dans la foi, un archevêque m’a confirmé dans cette foi. J’ai servi la messe, fait ma première communion, puis la solennelle, en passant par le confessionnal pour solder l’ardoise des péchés, mortels et véniels. Lourde, l’ardoise, mais une piété sincère, encore qu’hétérodoxe, équilibrait mes inconduites

L'irrégulier:

 

Denis Tillinac  évite les pièges du dogmatisme  «  préfère le sourire de l'humour au fiel de l'engagisme, les idées qui émeuvent à celles qui mobilisent, les affinités électives aux fraternités partisanes. »

"Prends tes distances avec le goût du jour. C'est ton inconsistance qu'instaurent la rotation accélérée des stocks d'un imaginaire concassé par l'info en boucle, le débat en cours, le spectacle en vogue, le dernier sondage, le dernier scandale. Éloigne-toi du bruitage de l'«actu» pour n'être pas frappé de surdité quand les vents de l'Histoire se mettront à hurler. Débranche-toi sans craindre d'être largué. Désintoxique-toi. Sois inactuel..."

Rompre avec tous les sectarismes: Si Tillinac est de "droite" avec des millions de guillemets - et d'abord, quelle droite?- il l'est sans doute en mode "insoumission" par son allergie à la doxa ambiante

"Je m’inscris dans une filiation d’écrivains qui de Pascal à Mauriac en passant par Chateaubriand, Zola, prend des positions dans la presse, des livres  sur la vie publique l’air du temps voire la politique. Je n’ai jamais appartenu à un parti, un syndicat, une secte, une maçonnerie Un écrivain qui veut être chroniqueur de la vie politique doit garder ses distances, une distance radicale avec le théâtre social. A ce titre là un écrivain ne peut pas être un militant. S’il devient militant il dévoie sa plume car il confond ses aspirations à l’absolu qui sont de l’ordre du poétique et du mystique avec le champ de la politique qui est de l’ordre de la contingence. Même si j’ai pu envier mon ami Régis Debray qui avait voulu mettre un fusil au bout de ses idées animées par le romantisme révolutionnaire version guévariste pour défendre une cause. Cette cause, je n’y ai jamais adhéré ce qui m’a condamné à encore plus de distance et un repli sur le poétique au sens large une observation de la réalité psychologique et sociale.

Et le sentiment d’être toujours inadéquat aux différents milieux sociaux que j’ai pu côtoyer : le plus avenant ayant été celui du rugby avant l’ère du professionnalisme, le plus ennuyeux étant celui de l’économie lourde que j’ai pu fréquenter avec Pierre Dauzier. J’ai pris l’habitude de défendre mes amis quand ils étaient attaqués : je pense à Charles Million à Lyon, je pense à Jean- Charles Marchiani , Jacques Viguier victime d'une erreur judiciaire et puis Fillon que j’ai d’autant plus envie de défendre que l’on assiste à une chasse à l’homme. J’aurais bien évidemment réagi de la même manière pour défendre Mélenchon, Hamon, Mme le Pen s’ils avaient l’objet de la même traque.

Ces positions m’ont donc rangé à droite. J’ai envie de mettre des millions de guillemets sur ce mot « droite » parce qu’il faudrait le définir mais chacun la sienne. Cette position n’était pas très avantageuse sur la rive gauche de la Seine où le discours ambiant s’est solidifié autour des Déconstructeurs, et on range vite ceux qui ne sont pas dans cette mouvance de : conservateur, voire populiste puis réac et enfin  facho.

Je comprends donc que des écrivains se replient dans le roman pur qui est une autre façon de décrire la réalité. Ma drogue, ma came c’est le réel de quoi  poursuivre une quête du temps retrouvé car écrire est une relation au temps passé, composé, décomposé, mythifié sur la base de souvenirs d’émotions esthétiques ou autres…

Ecrivain, je le suis, de droite, je mets des guillemets car pour la gauche elle ne défend que le conformisme des possédants, elle représente la répression, or je ne défends rien de tout ça. Car en tant que catholique (sphère privée) je me dois de défendre les humbles et les opprimés, en tant que gaulliste je souhaite un Etat solide dans ses prérogatives régaliennes mais aussi respectueux d’une longue mémoire et régulateur attentif voire autoritaire d’une économie sociale de marché. Le communisme n’étant pensable qu’à l’intérieur des monastères. C’est presque à regret que j’ai constaté que les variétés de socialisme ne me conviennent pas par ce que je ne crois pas à l’homme socialisé. L’homme socialisé c’est l’homme normalisé dans son imaginaire, l’homme enrégimenté ce qui est incompatible avec mon idée de la liberté."

 

 

 

 

 

 

 

L'esprit mousquetaire:

"Dans ma génération, il y avait ceux qui cherchaient leur voie avec Sartre et Camus et ceux qui l'avaient trouvée avec d'Artagnan, espérant que leur vie ressemblerait à un roman d'aventure. D'Artagnan, c'est le sens de l'honneur, la survalorisation de l'amitié, le scepticisme politique - qui se traduit par un légitimisme de raison. C'est aussi, dans un mélange d'orgueil très français et de totale insouciance, des bons mots, des coups d'épée, des auberges où l'on mange gras et où l'on rie fort. Quand on s'est identifié à d'Artagnan, je pense qu'on ne peut être ni militant, ni arriviste, ni énarque, ni politicien... Je dirais même que l'on est dans cette marge où se fabriquent d'excellents réactionnaires. Avec d'Artagnan, on est loin de la démocratie, davantage dans ce lien de féodalité qui donne envie de suivre l'homme qu'on respecte. L'atmosphère est capiteuse, légère, frivole et, pour tout dire, baroque. Avec, derrière ça, du foie gras, de la garbure et de l'armagnac. »

"N'oublions jamais que nous sommes le pays de Rabelais et de Pascal, de Cluny et de Cîteaux, que nous sommes tout à la fois des épicuriens et des quêteurs de spiritualité. Mettons-nous de nouveau en quête de lumière et suivons les traces d'Hölderlin! Pour ouvrir les voies de notre devenir, appuyons-nous sur les richesses de notre plus vieille mémoire. En un mot, retrouvons le sens de l'audace et l'esprit mousquetaire ! "

Ma droite c’est plutôt une référence à des valeurs une esthétique qui me semblent devoir être inculquées à l’école pour fabriquer des honnêtes gens comme on l’entendait au XVII° siècle avec le sens de l’honneur, le sens du pardon, du panache, de la nuance d’une certaine altitude oubli de soi, l’amitié toujours privilégiée contre les affinités partisanes camarades qui sont ceux d’une faction, d’un clan d’une  confession"
Les idées qui habitent une conscience, ou plutôt qui y transitent, ne sont immuables que dans les cas de nécroses obsessionnelles (...) S'agissant d' idées politiques, toute crispation identitaire relève de la pathologie