Je suis  Prince d'Ailleurs
Seigneur du Temps jadis
Mon sceptre est un bâton
Taillé à l'Opinel
La reine une souillon
Glanée dans un hôtel
En face d'une gare
Mes soldats sont du plomb
Dont se coulent les songes
Des ados buissonniers
Monarque sans sujet
Dans un palais fantôme
Chevaliers d'ombre
Sur un lit de genêts ​​
par un ego cinglé
Je règne sur les ombres
D'un Moi disséminé.
Un bar entre deux trains
En face de la gare
Au crépuscule rose
D'un automne alangui
Musique brésilienne
Parfumée au Ricard
Une femme de transit
Mauve au yeux noirs
Allume une Dunhill
Avec des gestes lents
D'ensorceleuse
Regarde par la vitre
Platane et pylônes
Jolie pour peu de temps
Volupté resquillée
Sur ses lèvres trop peintes
Qui soufflent la fumée
D'un sourire enjôleur
A quoi bon l'aborder
Mon train va arriver.
Dehors les étoiles clignotent
Le silence grésille
Des lumières tremblent
Sur l'autre versant de la gorge
Comme un rivage aperçu du bateau
Le chien soupire près de l'âtre
Où les braises agonisent
Des souris sarabandent
Derrière les boiseries
Sur la page blanche
Des mots pour ne rien dire
Sinon l'extase inquiète
De ce peu de moi
Vigie malgré soi
Du monde assoupi
Dans cette nuit blême

La pluie sur les carreaux dessine des fantômes

ed. Cherche Midi