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Allocution de Denis Tillinac colloque : De quoi les nationalismes sont-ils le symptôme ? Samedi 6 octobre Maison de l'Unesco organisé par M. Emile Malet et la Revue Passages. Texte intégral

September 11, 2018

Le nationalisme est une pathologie du patriotisme. Mais le mondialisme est une pathologie de l’universalisme.

Deux pathologies donc, un même malade: l’individu de la post-modernité sans arrimages dans le temps et l’espace, titubant à l’aveugle dans sa solitude. Il a des prédécesseurs: l’homme sans qualité de Musil, les anti-héros de Sartre, de Camus, de Hermann Hesse, de Beckett, de Simenon. Le voici plus démuni que jamais. La doxa mondialiste ambiante l’isole dans une fiction de citoyenneté planétaire, relayée en cercles concentriques par des attachements annexes. La patrie s’inscrit sans surcroit de légitimité sur une trame où s’imbriquent une zone rurale en deshérence, la ville et son agglo, la région, l’Union Européenne et autres pièces d’un légo abstrait autant que déroutant. S’y insinuent sans s’y agréger des communautés soudées ici ou là par une culture ou une confession. Il en résulte dans les inconscients collectifs un sentiment de dépossession qui suscite mécaniquement des réflexes identitaires. Dont le nationalisme.

Ce sentiment prospère sur un terreau à strates multiples fertilisé si on peut dire par le prométhéisme technicien décrypté par Jacques Ellul. Le capitalisme mondialisé redistribue avec une violence inouïe le marché du travail. Il banalise les imaginaires, exténue les psychismes avec la surchauffe médiatique et publicitaire. Il éboule les frontières comme l’a montré Régis Debray. Pas seulement les frontières entre les Etats-nations, dont les forces de l’argent et les experts à leur solde proclament l’obsolescence. Les frontières entre le Même et l’Autre, entre le Nous et les Autres- cette altérité qui éveille les consciences, nourrit les désirs et rend audible le chant polyphonique du monde.

Le terrorisme islamique a aggravé de sourdes angoisses liées à l’ampleur de flux migratoires peu ou pas ou mal régulés depuis un demi-siècle et en partie fantasmés. En partie seulement, et il incombe à un gouvernant de prendre en compte une frayeur collective s’il veut enrayer sa propagation. A l’interminable conflit qui ensanglante le sud de la Méditerranée, s’ajoute la comparution sur le théâtre historico-médiatique de quelques Big Brothers anxiogènes : Poutine, Trump, Jinping, Erdogan, Maduro, Kim Jong-un. Leur volonté de puissance amplifie un sentiment de précarité entretenu par la menace d’un sac écologique de la planète, d’une conflagration nucléaire, d’une lutte des classes sans merci.

En conséquence, les incantations moralisantes visant l’essor des votes « populistes » dans tels pays de notre continent humilient les peuples en pure perte. La bonne santé économique de la Suède dément les thèses associant la montée du populisme à celle du chômage, ou à la baisse des revenus. Une crise économique peut amplifier les rétractions identitaires ; elles prennent leur source dans un sentiment de dépossession, de précarité et d’humiliation.

Les peuples ne sont en soi ni racistes ni xénophobes. Ils ne sont pas non plus enclins à noyer leur mémoire dans un cosmopolitisme hors-sol et high-tech qui à leur aune préfigure le «  Brave new world » d’Huxley. Autant la conscience de l’unité du destin de l’homme est un bienfait, autant l’idéologie cosmopolite, en la caricaturant, lui inflige des reculs pernicieux car dans l’inconscient de tous les peuples, depuis la nuit des temps, le cosmopolitisme est l’apanage exclusif des élites.

En vérité les peuples sont déboussolés. Ils aspirent à être protégés et respectés.

Respectés dans leurs patriotismes, forgés au long cours par une Histoire tourmentée mais pourvoyeuse d’une symbolique qui enlumine la fierté et le réconfort d’être les maillons d’une chaine et non les pièces interchangeables d’une machinerie sans foi ni loi.

Protégés de l’insignifiance dans cette société de consommation et du spectacle qui dégrade les individus en voyeurs hébétés d’un destin dont les tenants leur échappent. Faute de mieux ils s’identifient aux divinités du stade : le passage du citoyen au supporter est un autre symptôme du malaise qui justifie ce colloque.

Il faut respecter, non pas leur peur de l’émigré, quel qu’il soit, mais leur hantise croissante d’une expropriation. A cet égard il serait sage de lever un tabou afin d’ouvrir sans démagogie un vrai débat sur le sujet qui les obsède. De soustraire la question de l’immigration aux extrémistes qui s’en repaissent. D’y introduire de la raison au lieu d’entretenir des exaspérations propices aux fabulations complotistes. La persistance du tabou trahit un déni de réalité qui étonnera les historiens du futur. Entre autres dommages elle ruine la crédibilité de l’intellectuel, et démonétise notre état de droit.

La même raison devrait présenter le projet européen comme une option respectable et non comme un devenir fatal, encore moins comme un impératif moral. Conçu après la dernière guerre mondiale par des démocrates-chrétiens et des socio -démocrates dans un contexte particulier, il n’est pas forcément une panacée. C’est peu dire que les peuples concernés n’y adhèrent pas. Les Etats-Nations ont peut-être des ressources plus éprouvées pour focaliser les affectivités collectives et redéfinir des coopérations évidemment indispensables. Réduire le débat sur l’Europe à un manichéisme opposant la bonne ouverture à la mauvaise clôture, la générosité transfrontalière aux égoïsmes nationaux, est un escamotage moralement blâmable et politiquement désastreux.

Ce sont les êtres acculturés et déclassés qui se sont offerts corps et âme à Mussolini puis à Hitler. A l’horizon du « cri » de Münch se profilent les chemises brunes des parades SS. Pour conjurer sa solitude, le personnage tragique de Münch ira fatalement réfugier son nihilisme dans le giron d’un totalitarisme. René Girard a montré que la violence sort de ses gonds quand les âmes se sentent en perdition dans le chaos de l’indifférencié.

Permettez-moi, pour conclure, une incidente un peu personnelle. En tant que chrétien l’universel m’habite naturellement. Mais je crois que l’universalisme ne peut faire l’économie d’une escale dans la singularité.

En tant qu’écrivain français, l’universel m’habite tout autant, car l’âme de mon pays est à la jonction miraculeuse d’une verticalité- l’héritage gréco-romain et judéo-chrétien- et d’une horizontalité- un sol fécondé par le labeur d’une antique paysannerie.

Je ne puis définir mon pays seulement comme un principe, ou seulement comme un terrier. Je ne puis sans désespoir imaginer sa dilution dans une entité aléatoire. Si tel était le cas, l’homme du 18 juin, ma seule référence en politique, aurait eu tort de s’insurger contre une prétendue fatalité maquillée en légalité.

Les confessions, les traditions, les tournures de l’esprit, les harmoniques de la sensibilité, les affinités électives sont égales devant la loi et doivent le rester. Elles ne sont pas égales devant la mémoire. Ignorer cela expose à l’explosion des pires ressentiments. Les peuples ont besoin d’un minimum de permanence et de considération. Ils seront fraternels si leur majorité silencieuse est rassurée quant à la légitimité et à la pérennité de leurs attachements. Faute de quoi leur angoisse ira se fourvoyer dans des ismes calamiteux. Le nationalisme en premier lieu, le nihilisme au bout du chemin sans issue où présentement ils redoutent d’être embarqués.

Pour combattre ces ismes je crois que le discours public doit s’évertuer à rassurer, à protéger, à respecter les peuples. Seule une juste attention à leur mémoire nous épargnera les replis tribaux sur des prés carrés inamicaux et mortifères. Le nationalisme est une pathologie du patriotisme. Il allumera comme jadis et naguère les feux de la vindicte si au prix d’une confusion on persiste à méjuger ou à mépriser les sentiments d’appartenance les moins friables.


 

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